Le matin du 29 mai, entre 7h30 et 9h30, environ, à plusieurs intersections de l'avenue Van Horne, des agents du SPVM étaient affectés à verbaliser les piétons qui n'attendaient pas le feu vert pour traverser, ou qui le faisaient hors des passages zébrés. Ces d'infractions sont passibles d'amende. Les agents sont effectivement tenus d'exécuter les tâches qu'on leur confie, tout ingrates puissent-elles être; néanmoins, lors d'une assemblée du Conseil d'arrondissement, le responsable du poste 24 a affirmé qu'on leur demandait d'intervenir avec discernement.
À strictement parler, poser le pied sur la chaussée, même au moment où le feu de circulation passe du rouge au vert, ou traverser à deux ou trois mètres du passage zébré, enfreint le règlement. Toutefois, le péril résultant de ces pratiques est beaucoup moins grave que celui d'un dépassement de dix km/h de la vitesse autorisée par une voiture sur une rue résidentielle ou commerciale achalandée. Pourtant, s'il faut en croire notre mairesse, ce dernier excès est toléré sans constat d'infraction. Il semble donc logique de conclure que le blitz du 29 mai était une mission commandée, non laissée à la discrétion des agents. Aussi peut-on se demander si le but de l'opération était la sécurité ou la récolte de fonds pour renflouer les coffres de la ville.
Si l'on répondait la sécurité piétonnière, je répliquerais que l'on s'y prend mal. En effet, outre les excès de vitesse déjà évoqués, voici deux exemples d'infractions fréquentes, faciles à observer et plus périlleuses encore. Elles semblent pourtant échapper à la vigilance du SPVM à moins, naturellement, qu'elles ne bénéficient d'un discernement favorable systématique.
- Tôt chaque matin, du côté sud de l'avenue engorgée Van Horne entre Hartland et McEachran notamment, on ne compte pas les conducteurs empressés d'en dépasser d'autres à droite, souvent au-delà de la vitesse autorisée. À cette période du jour, les trottoirs de Van Horne sont lourdement empruntés par de nombreux enfants à pied: c'est l'heure d'entrée des classes au Collège Stanislas et à l'École Guy-Drummond. Un dérapage, ou un enfant distrait qui dérive vers la chaussée, entraînerait une tragédie. Depuis des années, je ne remarque aucune surveillance policière sur ce parcours.
- À une fréquence moins grande, mais à toute heure du jour et du soir, des cyclistes roulent à vive allure sur le trottoir, et à travers les parcs où l'interdiction de circuler en vélo est clairement affichée. Si un piéton devait être renversé, surtout un vieillard ou un enfant, c'est une fracture du bassin, de plusieurs côtes, ou pire.
Ces jours-ci, à gauche comme à droite, l'on prêche la cohabitation harmonieuse entre automobilistes, cyclistes et piétons. À la bonne heure. Il ne faudrait toutefois pas que cette cohabitation se réalise à grands frais pour tous les contribuables au seul bénéfice des cyclistes. Depuis longtemps, et bien avant des tragédies récentes justement médiatisées, et à l'une desquelles je suis particulièrement sensible, les cyclistes jouissent de la cote d'amour auprès des élus de la ville et de l'arrondissement. Or le 30 juillet 2013, sur sa page Facebook, David McNeil, porte-parole de l'Association des piétons et des cyclistes d'Outremont, écrit ceci:
En vélo, je me déplace lentement et prudemment. Je respecte le droit de passage des piétons et des voitures. J'enfreins aussi de façon routinière le code de la route. Pour certains, ceci pourrait sembler paradoxal. Pourtant, c'est ainsi que, pendant 25 ans de cyclisme quotidien et à l'année longue, j'ai évité accidents et affrontement.
En l'absence de circulation qui s'en approche dans un quartier résidentiel tranquille, aucun citoyen rationnel, respectueux de la loi et maître de ses facultés ne s'arrêtera complètement devant un signe STOP. JAMAIS. Il ralentira plutôt à une vitesse raisonnable, jettera son regard dans les deux directions et traversera l'intersection en sécurité (ma traduction).
M. McNeil offre une justification raisonnée de sa pratique. Je ne la défendrai ni ne la condamnerai. En reproduisant son aveu, je me permets toutefois de m'interroger sur le nombre de constats d'infraction qu'il a pu moissonner depuis vingt-cinq ans. J'observe sans m'indigner maintes infractions à ce même règlement, sans compter celles de nature plus sérieuse, et qui elles me choquent, comme la circulation à toute vitesse sur les trottoirs là où il n'y a aucune justification. Je me demande enfin pourquoi le SPVM se montre si indulgent à l'endroit des cyclistes et si intransigeant à l'endroit des piétons. Pour des raisons évidentes, le passage en vélo à la vitesse des piétonssur les trottoirs sous les viaducs, comme celui de la rue des Carrières, est raisonnable et j'en applaudis l'autorisation récente.
Qu'il me soit permis, maintenant, de demander combien de piétons ont été consultés à Outremont par l'Association (dite de piétonset des cyclistes) de M. McNeil? Sûrement pas moi – et je n'en connais aucun. La récupération des intérêts des piétons par un lobby de cyclistes, aux intérêts tout autres, est répréhensible.
Comparons enfin le zèle du SPVM à verbaliser les piétons qui ne respectent pas à la lettre les feux de circulation et les passages zébrés au peu d'empressement du service responsable de l'arrondissement à remplacer des feux de circulation défectueux et à l'insouciance de la mairie à veiller à l'exécution de cette tâche importante. Le 30 avril 2014, par un appel téléphonique suivi d'un courriel, j'ai porté un tel feu (à l'angle sud-ouest de l'avenue Stuart à l'intersection de l'avenue Van Horne, à quelques pas du poste 24) à l'attention de la mairie. On m'y a assuré que l'on verrait à rectifier la situation sans tarder. Le 7 mai, rien n'ayant été fait, j'ai relancé la mairie. Ce n'est que le 12 mai, soit douzejours après le signalement initial, que l'ampoule brûlée a été remplacée.
Jean de La Fontaine termine sa fable Les Animaux malades de la pesteavec ces alexandrins tristes mais justes:
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.
Manifestement, devant la puissance organisée des automobilistes et des cyclistes, au regard du SPVM sur lequel, en principe, la mairie et le Conseil d'arrondissement exercent un contrôle, les piétons appartiennent à une classe «misérable» de citoyens.
À la lumière de ceci, faut-il s'étonner du peu d'estime dont jouissent nos élus?
Pierre Joncas




