Réponse au conseiller Louis Moffatt
14-01-2013
L’indignation a vite remplacé ma stupéfaction en lisant la lettre du conseiller du district Claude-Ryan justifiant sa démission d’Union Montréal. Les modifications adoptées en 2008 à la charte de Montréal, y explique-t-il, ont permis aux autorités de la Ville de retirer d’Outremont ses services de ressources humaines et d’approvisionnement. La charte, affirme-t-il, «a été rédigée sans aucune consultation avec les conseils d’arrondissements.» Et il ajoute, avec raison je crois, que si «ces modifications […] avaient été présentées aux anciennes villes au moment où il était encore possible de défusionner, il y aurait eu une défusion massive […].» Enfin, il accuse l’administration Tremblay de «tricherie» en faisant indirectement ce qu’elle ne pouvait faire directement.
Inutile de revenir sur la consultation – mal annoncée – par registre des citoyens qui eût déclenché ici un référendum sur la défusion : j’en traite dans une lettre que l’on pourra lire plus bas. À noter, néanmoins, que M. Moffatt, alors membre du conseil, s’est bien gardé de protester : il porte donc sa part de responsabilité pour cette supercherie.
La nouvelle charte, rappelle-t-il, fut adoptée en 2008 : il ne rappelle toutefois pas que c’était un an avant les élections municipales de 2009. Or, n’était-ce pas le devoir des membres du Conseil d’Outremont de prendre soigneusement connaissance, avant leur adoption, de modifications qui mettaient en péril les compétences, déjà considérablement réduites, de notre ville en devenant arrondissement ? Plus encore, de modifications qui mettaient en péril son existence même ? N’était-ce pas leur devoir de s’y opposer vigoureusement ?
Notre conseil possédait alors un pouvoir non négligeable de négociation. Tous ses membres s’étaient fait élire sous la bannière d’Union Montréal, c’est-à-dire celle du parti au pouvoir rue Notre-Dame ; la mairesse siégeait au Conseil de Ville ; et le maire de Montréal résidait à Outremont. Rien n’empêchait la mairesse et les conseillers de se concerter pour faire comprendre clairement, en privé, à Gérald Tremblay qu’ils se désolidariseraient publiquement de lui avant les élections si, se prévalant de son autorité légitime, il ne modifiait pas le projet de charte de façon à y faire enchâsser l’intégrité et les compétences des anciennes villes (pas seulement Outremont) réduites au statut d’arrondissement. M. Tremblay n’avait aucune obligation, de nature morale ou autre, de consentir la même concession aux quartiers élevés par les fusions au statut d’arrondissement, si grande fût leur taille, si importante en nombre fût leur population.
Imagine-t-on les conséquences politiques pour Gérald Tremblay si, à la veille des élections, il eût refusé une demande aussi raisonnable formulée par les élus de son propre arrondissement, membres de sa formation politique ? Mais qu’ont fait M. Moffatt et la mairesse, Mme Cinq-Mars ? Imaginons, toutefois, qu’ils fussent intervenus et que M. Tremblay eût refusé : ils eussent pu dire, comme François Ier, avec raison et la tête haute : «Tout est perdu, fors l’honneur».
S’il faut en croire le pronostic de M. Moffatt – il le reconnaît, peut-être sans s’en rendre compte –, en restant muets ils ont et perdu l’honneur et assuré la disparition d’Outremont comme entité administrative distincte. Je conviens avec lui, et sans réserve, que ce réaménagement de la ville se fait au prix de la qualité de services de proximité, et je le déplore autant que lui. Toutefois, si, comme il l’affirme, le réaménagement se réalise par la volonté de «hauts fonctionnaires […] à l’insu des conseils d’arrondissements», dont les maires siègent au conseil de la ville, c’est signe que la démocratie est morte à Montréal – et, cela, c’est bien plus grave. En démocratie, les décisions, surtout les plus importantes, relèvent des élus, non de fonctionnaires.
Pierre Joncas




