Ma conjointe et moi avons toujours soutenu Projet Montréal et avons voté pour Valérie Plante après avoir lu son projet qui se décline en deux morceaux: aucune hausse de taxes au-delà de l’inflation, et plusieurs projets qui nous tiennent à coeur. Aujourd’hui, nous avons décidé, à contre coeur, de quitter la Ville parce que nous n’arrivons plus à joindre les deux bouts de notre budget.
Le premier budget de cette nouvelle administration est une trahison et une hypocrisie: on ne peut pas jouer sur les mots de façon indigne en déclarant que les taxes vont augmenter de 4,6 pour cent et jusqu’à 6,3 pour cent pour les résidences et les commerces parce que le programme électoral de Madame Plante a oublié de distinguer la taxe d’eau. Pourquoi pas la taxe d’incendie, ou la taxe de sécurité routière ou je ne sais quoi d’autre ? Cette attitude est une supercherie de fond, qu’il faut dénoncer vigoureusement.
Depuis dix ans, sauf années exceptionnelles, les taxes municipales ont augmenté à un régime qui varie entre 150 % et 250 % de l’inflation. Il n’est pas nécessaire d’être comptable pour comprendre que si les salaires suivent une inflation de 2 % et que les augmentations d’impôts ou de taxes avoisinent les 4, 5 ou 6 pour cent, les classes moyennes ou pauvres vont craquer à un moment ou à un autre: les familles n’arriveront plus à joindre les deux bouts surtout si les taxes municipales représentent une partie importante de leur budget. La seule solution est de déménager, ce que ma conjointe, mes enfants et moi ferons cette année-même.
Dans les faits, la politique du Parti de madame Plante est celle de Trump: écraser les classes moyennes, les forcer à partir en banlieue, en entraînant une gentrification de la Ville que seules les familles aisées et riches peuvent se permettre. Il s’agit d’une très grave chose: la Ville se tire dans le pied en forçant les classes moyennes à quitter la Ville, parce que la valeur marchande des maisons va en prendre un coup, que les taxes devront être calculées sur un prix marchand plus bas, qui apportera moins de revenus à la Ville. Pour les commerces, moyens et petits, c’est encore plus grave: la hausse de 6.3 pour cent dans notre arrondissement les assomme. Alors que ces commerces de quartier forment le tissu social d’une vie citadine équilibrée et agréable et sont dans une position précaire face au commerce en ligne et aux grandes surfaces de banlieue, la Ville vient de leur asséner le coup de grâce. Le résultat net de cette spirale de hausses de taxes est que la Ville ne représente plus l’intérêt général de la population, elle se bat contre ses propres citoyens.
Pourquoi est-ce ainsi ? La raison est assez simple: la Ville de Montréal est l’un des rares grands organismes publics ou privés au Canada qui est incapable de se remettre en question. L’organisation du travail y est déficiente depuis des décennies. Il suffit de voir de quelle façon le travail des cols bleus dans les chantiers est géré. Bien entendu, les cols bleus sont des femmes et des hommes qui font un travail difficile et souvent admirable dans des conditions quelques fois extrêmes. Ce n’est pas d’eux dont il s’agit, mais plutôt de l’administration de la Ville. On ne peut plus tolérer en 2018 que sur un chantier de sept cols bleus, deux tiennent des drapeaux, quatre regardent ou attendent, et un seul travaille. La solution est évidemment que la Ville doit donner à chacun de ses employés des compétences diverses. Un chauffeur de camion qui attend seul pendant trois heures sur un chantier, ce n’est pas normal; il aurait dû recevoir une formation plurielle qui lui permette de participer à d’autres tâches. Et si c’est comme ça dans les chantiers, ce doit être la même chose chez les cols blancs. La polyvalence réduirait les dépenses de la Ville de 15 à 30 pour cent, et les citoyens auraient droit à une baisse de taxes municipales d’au moins 10 pour cent. En deux mots: la Ville de madame Plante exploite ses citoyens en leur faisant payer le prix de sa propre incurie.
Ce mépris de l’administration de la Ville face à ses citoyens se voit partout: des dizaines de chantiers sur les grandes artères sont ouverts en même temps avec une intensité faible ou moyenne de travail par chantier, au lieu d’en ouvrir moins et de les achever très vite. Ce laxisme est une gifle pour les citoyens qui paient cette fois-ci la note non pas seulement en hausses de taxes mais en heures perdues en voiture ou en autobus dans des rues bloquées beaucoup trop longtemps. Cette perte de temps de travail des citoyens est difficile à chiffrer, mais elle représente assurément plusieurs dizaines de millions de dollars par année. La même chose se voit dans les choix budgétaires où la sécurité (police, etc) occupe une part du lion du budget alors que Montréal est devenue la grande ville la plus paisible en Amérique: 27 meurtres en 2017, contre 75 à Toronto et plusieurs centaines à Chicago. Il est évidemment temps de moduler les budgets en voyant les choses à long terme, de manière à ce que l’on trouve les argents pour rénover nos infrastructures en décomposition.
En terminant, notre expérience avec la Ville depuis dix ans est catastrophique. Pour prendre un des nombreux exemples, la Ville et son sous-traitant NRJ ont détruit en 2008 notre escalier lors d’un déneigement raté. J’ai vu ce qui s’est passé de ma fenêtre à 4h00 du matin, et j’ai pris des photos à 7h00 qui montraient l’escalier fracassé et en mille morceaux sur la rue. Je me suis rendu à la mairie de mon arrondissement dès l’ouverture à 9h00 en étant certain que les travaux seraient remboursés immédiatement par la Ville. Or celle-ci s’est comportée de façon méprisante et a mis un avocat de la Ville (payé par nos taxes) pour « défendre » la Ville contre nous de manière à ne pas nous rembourser un seul cent. La cause devant les petites créances a duré un an et demi pendant lesquelles l’avocat de la Ville nous a pris, ma femme et moi, dans un coin à part, pour nous dire ceci: « Vous n’avez aucune chance de gagner ce procès de 8 000 $, je vous fais la faveur de vous donner 250 $ pour mettre fin à votre poursuite. Comptez-vous chanceux ! » Nous avons été choqués, et avons refusé. Nous avons bien entendu gagné ce procès. La juge, dans son jugement final, a déclaré que l’attitude de la Ville et de NRJ était odieuse et elle a rendu le verdict de remboursement de toutes nos dépenses avec intérêts. Cet exemple montre combien l’attitude archaïque de la Ville de Montréal est nuisible: nous avons perdu un an et demi dans ce procès, et les citoyens de la Ville ont dû payer le salaire de cet avocat. Il est difficile d’imaginer une ville plus méprisante et plus inefficace. Le premier projet de « Projet Montréal » aurait dû être de réformer en profondeur cette ville malade. Ensuite, seulement, les projets d’avenir pourraient émerger sur des bases solides et crédibles.
François Lalonde
Chemin de la Côte Sainte Catherine
Montréal
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