Malaise profond autour
de « l'événement du 8 mars »
Quelques dizaines de personnes auraient voulu assister à cette séance du conseil d'arrondissement mais l'accès a été bloqué par les services de sécurité, faute de places disponibles.
Personnes présentes 45
Personnes refusées à l'entrée 25
Nombre prévu d’intervenants 18
Nombre réel d’intervenants 12 ( 6 n’ont pu s’exprimer faute de temps)
(4 avril 2012) Rarement aura-t-on vu une période de questions aussi intense et mouvementée que celle du 2 avril dernier. Presque tous les intervenants se sont exprimés autour de ce qui est désormais convenu d’appeler « l’ événement du 8 mars» pendant lequel une conseillère municipale d’Outremont, Mme Céline Forget, se fait visiblement invectivée et insultée par des membres de la communauté juive hassidique lors d’une manifestation de la fête du Pourim sur la rue Durocher. On dénonce bien entendu ce comportement hostile mais on s’offusque également que l’intervention policière ne se soit résumée qu’à isoler la conseillère prise à partie plutôt que de maîtriser la foule déchaînée.
Des personnes mécontentes à qui on a refusé l’accès à la salle du conseil pour cause de surnombre, un citoyen invité à la sortie par les forces constabulaires pour avoir pris une photo pendant le conseil – ce privilège étant réservé aux journalistes – , une suspension des travaux du conseil pour calmer les esprits... bref, une tension à couper au couteau, de la colère et de l'exaspération, des huées et de hauts cris. Un malaise profond.
Le premier intervenant de la soirée est M. Pierre Joncas. M. Joncas est un paisible citoyen, troublé par les débordements de la fête du Pourim. Inquiet, il demande à Mme la Mairessse « ...pourquoi elle n’est pas intervenue fermement auprès du commandant du poste 24 pour lui faire comprendre que son service doit faire vigilance et émettre systématiquement des constats à toute infraction » et ce qu’elle compte faire pour assainir la situation. Mme Cinq-Mars explique que si elle a autorité sur le service de la sécurité publique, elle ne peut répondre des gestes des policiers du poste 24.
Ce qui est rare mais aussi apprécié, est d’entendre un membre de la communauté hassidique s’exprimer en français, ce que l'on aimerait percevoir comme étant un signe de rapprochement. M. Hirsh Teitelbaum lit un document rédigé en français concernant « l’événement du 8 mars » par lequel il reconnaît qu’un petit groupe de Hassidims ont eu un comportement inacceptable, « ce qui a causé parmi les membres de notre communauté, beaucoup d’embarras et de tristesse » … « La loi juive prêche la tolérance, l’ acceptance et le respect pour tout être humain.» Mais, dans le même élan, il dénonce également que la source des problèmes réside dans l’activisme d’un noyau de gens opposés à l’émancipation de sa communauté.
M. Mayer Feig prétend que sa communauté a été attaquée dans les médias, minimise l'importance de l'événement et condamne les agissements de certains membres de sa communauté ; mais en même temps pointe du doigt un blogueur notoire pour avoir avoir alimenter la discorde. Mme la Mairesse, à 3 reprises, invite M. Feig à ne faire ni allégations ni commentaires malveillants.
M. Laval Lavallée fait certainement une intervention pertinente. Il parle d’une situation explosive qui interpelle beaucoup de citoyens. Il est désolé de voir des conseillers s’accuser mutuellement de la dégradation de la situation et pose une question qui s’adresse à chacun des conseillers : « En tant que membre du conseil, qu’avez-vous fait pour améliorer la situation entre les communautés? »
En 25 ans de résidence à Outremont, M. Jean Larin se présente pour la première fois au conseil, et son intervention est profonde de sens. Pour lui, il est insupportable de rester indifférent à « l’événement du 8 mars ». et va droit au but avec sa question : « En tant que mairesse, est-ce que ce genre de comportement empreint de violence et de mépris vous paraît acceptable ? Si oui, je me trouverais très inquiet, je vous le promet.» Applaudissements nourris. Mme Cinq-Mars déplore la situation, n’accepte aucune forme de violence bien entendu, admet qu’il existe un malaise profond, qu’on ne peut laisser la situation se dégrader, et avance l’urgente proposition de former un comité composé de membres des communautés concernées pour rétablir le dialogue.
Plusieurs autres intervenantes dont Anne-Marie Guertin. Monique Hervieu et Anne Lucas, toujours sur le même thème, soulignent l ’intervention bonasse des forces de la police et dénoncent l'application des règlements municipaux de façon inégale.
(Jean-Jacques Rousseau, LE JOURNAL D’OUTREMONT)




