Peu de gens réussissent à interpréter avec maîtrise autant les colonnes d’indices boursiers que l’enchaînement des doubles croches des grandes œuvres classiques. Plusieurs d’entre nous connaissons Marie-Claire Hélie pour sa brillante carrière en gestion financière. Quelques-uns savent qu’elle a complété avec brio une carrière de 25 ans comme pharmacienne dans les hôpitaux de Montréal. Mais la plupart ignorent qu’elle réalise dans l’intimité de sa résidence ses talents de pianiste accomplie. Rencontre avec une femme d’exception.
Marie-Claire Hélie à son piano sur l'avenue Beloeil. PHOTO LE JOURNAL D’OUTREMONT De son entreprise Hélie Groupe Financier sur la rue Laurier, elle a vue imprenable sur l’église Saint-Viateur et sur les aspirations profondes de sa clientèle puisqu’elle est le chien de garde de leur avenir financier. Elle suit à la loupe leurs besoins : « J’ai un fils malade », « Je suis inquiète pour mon fond de pension », « J’ai un projet d’envergure ». Et elle fait corps avec leurs objectifs. « Chaque personne a sa zone de fragilité qui fait naître des sources d’anxiété », constate-t-elle « Je me sens détentrice d’une profonde responsabilité. Les écouter, les comprendre et les aider, c’est ce qui me rend heureuse. »
Son parcours professionnel est certainement inhabituel mais, d’une certaine façon, il allait de soi. Enfant unique élevée sur la rue Elmwood par une tante qui fréquentait Wall Street et un oncle à la barre de la grande entreprise laitière que fut JJJoubert, les affaires allaient de soi chez eux et l’argent n’était pas un problème mais un moteur. Après des études à Outremont, elle devient à 17 ans, la plus jeune étudiante en première année de pharmacie à l’Université de Montréal dont elle obtiendra un diplôme en 1961. L’hôpital Notre-Dame, Sainte-Justine, l’Hôpital chinois, la résidence des Sœurs du Saint-Nom-de-Jésus-et-de-Marie sont parmi les établissements où elle a développé des rapports humains profonds avec le milieu hospitalier qu’elle quitte, après 25 ans avec le sentiment d’avoir été utile. « J’avais fait le tour du jardin », avoue-t-elle.
Si aider est dans sa nature, les finances sont pour elle une vocation tardive. Elle fait un changement de cap drastique. Elle apprend dans la jeune quarantaine les sautes d’humeur de la Bourse, le conseil en placement et la gestion du patrimoine, et ce, jusqu’au diplôme avec mention de l’Institut canadien des valeurs mobilières (CSI) en 1987 et au titre convoité de gestionnaire de portefeuille agréé en 1994 reconnu par la prestigieuse Autorité des marchés financiers (AMF). Elle met sur pied une association de conseillers au sein de la Financière Banque Nationale, que rejoint en 1990 son fils Pierre-Jean, avocat et lui-même gestionnaire de portefeuille. « J’avais le sentiment de pouvoir tout faire », dit-elle. Hélie Groupe Financier administre aujourd’hui près de 300 millions d’actifs. Tout un parcours, qui mérite notre admiration. Le secret de ce succès ? À la base, un travail d’équipe tissée au plus serré, savoir écouter, comprendre, informer, éduquer, et développer une bonne complicité avec les clients. « Notre entreprise est différente », c’est sa conviction profonde. Et au final, la motivation est la même depuis toujours : aider les gens.
Comment a-t-elle traversé les changements de cap importants ? Les coups durs de la vie que furent notamment la maladie de sa maman quand elle était toute petite, les pertes majeures dans l’incendie de sa résidence, l’évolution des pratiques dans la profession l’ont poussée à chercher ailleurs son bien-être. Bien se connaître, c’est pour elle un acquis qu’elle exerce quotidiennement avec son compagnon de vie, psychiatre et époux depuis 57 ans. Mais c’est la musique qui lui a permis de passer au travers des grandes difficultés. « Elle nous pénètre, touche nos émotions, nous fait entrer dans notre bulle et aller au cœur de nous-même », conclut-elle.
Aujourd’hui, en cette belle fin d’été, elle vit un autre passage important. Il y a de la fébrilité dans l’air avec la mise en vente de la maison familiale de l’avenue Beloeil dans laquelle elle a élevé ses trois enfants qui lui ont donné six petits-enfants. C’est une Marie-Claire à fleur de peau qui se met au piano en fin d’entrevue. Elle envahit avec sensibilité et énergie le clavier, et démontre son grand talent avec des extraits du Concerto no 1 de Chopin. Touchante et communicative, elle termine tout en douceur notre rencontre sur la légèreté du Gottingen de la chanteuse Barbara.
Partagez sur




