Quelle mouche a piqué ce jeune étudiant en 4e année de médecine dentaire de l’Université de Montréal, pour se mettre à l’élevage de colonies d’abeilles à partir de rien ? Trois ans plus tard, il veille aux destinées de 360 000 spécimens, en haute saison. Ses colonies sont logées dans six ruches en Estrie dont une migrera avec ses occupants sur le toit de la maison du futur dentiste à Outremont d’ici quelques semaines. Retour sur le travail méticuleux d’un apiculteur urbain qui a du cran et de la suite dans les idées.
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PHOTOS COURTOISIE GIOVANNI STEPHAN |
L’effet boomerang
La ruche, c’est un cadeau de Giovanni Stephan à son père, il y a quelques années. L’habitation seulement, sans les abeilles. La responsabilité de mettre de la vie dans la petite maison lui a été retournée par son père, comme un boomerang. « J’ai dû faire face à mes peurs », nous a-t-il avoué. Il s’est approvisionné de colonies d’abeilles, de conseils et d’informations auprès d’apiculteurs. Il a commencé avec une seule ruche, l’endroit était idéal à Lac Brome dans les Cantons de l’Est, à proximité d’une forêt, sur une terre de 10 000 m2 suffisamment riche en plants mellifères, pollen et nectar à profusion, pour fournir la nourriture aux abeilles butineuses. Il a tout appris sur le tas, selon la bonne vieille méthode essais-erreurs afin de comprendre le comportement des abeilles, de s’assurer que la colonie a assez à manger, qu’il n’y a pas de maladies, que le verglas hivernal ne met pas en péril l’habitat, que le bon moment est venu pour diviser les ruches, qu’il ne faut pas faire une concurrence déloyale avec les autres ruchers. « J’ai fait des erreurs, c’est sûr, mais rien de grave. Et je n’ai jamais été piqué ! ». Pas de rébellion au sein de la communauté d’abeilles, il faut croire que les besoins de la petite colonie ont été bien compris par l’apiculteur.
De Lac Brome à Outremont
D’ici quelques semaines, une des six ruches de Giovanni prendra l’autoroute 10 en direction d’Outremont, au pied du mont Royal. Selon l’apiculteur, la ruche devra être robuste et saine pour avoir toutes les chances de s’adapter à son nouvel environnement. Pourquoi ce déménagement ? Le rucher de Lac Brome génère une variété de miel aux parfums des plantes de la région, notamment avec l’abondance de pommiers en fleurs au printemps. L’installation d’une ruche à Outremont est expérimentale. Giovanni estime que l’abondance de sumac sur les flancs du mont Royal et la variété des jardins et plantes à Outremont va donner une édition intéressante de miel. Les abeilles butineuses, déracinées et un peu déroutées au début, vont faire des vols d’orientation, trouver de nouveaux repères. Avec leur frétillante danse de communication, elles vont transmettre entre elles des indications sur la distance et la direction de leurs trouvailles.
Le miel, la cerise sur le sundae
L’élevage des abeilles est devenu une deuxième nature pour le futur dentiste. L’apiculture nécessite une intervention humaine active à partir de mai jusqu’en septembre, ce qui correspond à la fin des cours jusqu’à la rentrée universitaire. Le timing est bon. L’engouement de Giovanni pour son nouveau loisir est évident. Il travaille seul, façon de parler, entouré de centaines de milliers d’abeilles. Une activité de choix en période de confinement !
Le focus a toujours été mis sur la santé de ses colonies. La passion du miel s’est ajoutée avec le temps. C’est la cerise sur le sundae, il le reconnaît. Cette année, il prévoit une production qui pourrait atteindre 300 kilos de miel, plus que le double de l’an dernier grâce à un plus grand nombre de colonies productrices. Giovanni est convaincant. La culture, la récolte et l’embouteillage sont faites selon de strictes pratiques bio, le miel est filtré le moins possible pour garder le plus de propriétés et embouteillé manuellement avec l’aide des membres de sa famille, dont le papa récipiendaire de la ruche il y a trois ans. Si les prévisions s’avèrent justes, la « succursale outremontaise » des ruchers de Giovanni pourrait nous gratifier d’une trentaine de kilos de miel made in Outremont qui seront extraits de la ruche à la fin juillet et au début septembre. Une belle histoire d’audace et de créativité qui n’est certainement qu’à ses débuts.
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