Il y a dix ans cette année, l’écrivaine québécoise Dominique Fortier nous offrait son premier roman, Du bon usage des étoiles. L’auteure nous faisait alors naviguer aux côtés de sir John Franklin tandis qu’une décennie plus tard, le voyage se poursuit avec Les Villes de papier : une incursion dans l’univers d’Emily Dickinson (1830-1886).
Les Villes de papier de Dominique Fortier (éditions Alto, 2018), 187 pages.
Êtes-vous de ceux et celles qui ont lu l’œuvre de cette poétesse américaine qui, de son vivant, n’a vu que quelques-uns de ses poèmes publiés ? Si tel n’est pas le cas, je vous garantis qu’après la lecture des Villes de papier, vous aurez envie de découvrir la poésie de cette femme énigmatique dont l’écriture peut être considérée comme avant-gardiste.
Les Villes de papier est un récit bien ancré dans la réalité du XIXe siècle, tout en laissant place à l’imagination de Dominique Fortier qui, de manière intercalaire, y inclut pour une rare fois, des éléments de sa propre vie alors qu’au début des années 2010, elle vivait à Boston en compagnie de son mari et de sa fille Zoé.
Que sait-on réellement d’Emily Dickinson, née en 1830 à Amherst, dans le Massachusetts ? Au final, peu de choses. Et pourtant, elle a écrit des milliers de poèmes – découverts après sa mort par sa sœur Lavinia – et a tenu une correspondance régulière avec ses amis et sa famille.
Il n’existe qu’une seule photo prise alors qu’elle avait 16 ans. Également, comme il a été numérisé, on peut consulter en ligne l’herbier conçu par Emily qui comprend « 424 spécimens de fleurs et de plantes ». L’original, comme ses manuscrits, sont en lieu sûr à la Houghton Library de l’Université Harvard. Observez la page couverture des Villes de papier, vous avez un exemple de son herbarium.
Emily a vécu auprès de son père Edward, avocat et plus tard gouverneur de l’État du Massachusetts, de sa mère Emily Norcross, de sa jeune sœur Lavinia et de son frère Austin. Elle va à l’école, fait des études au séminaire pour filles du Mount Holyoke, puis revient vivre chez elle, à Homestead.
Un jour, Emily décide de ne s’habiller que de blanc, de vivre minimalement. Son univers s’est lentement refermé sur son village d’Amherst, son jardin, sa demeure, sa chambre où elle est restée confinée la majorité du temps dans les dernières années de sa vie.
Est-ce qu’Homestead, sa maison, était sa source d’inspiration, son refuge ? Emily était-elle plutôt agoraphobe ou souffrait-elle d’un délire quelconque ? Je ne le crois pas. Je pense qu’elle désirait simplement se concentrer sur ce qu’elle aimait le plus au monde, écrire.
Je me suis demandé à la lecture des Villes de papier pourquoi plusieurs pages étaient restées vierges. Une question de typographie ? Possible. Pour ma part, le goût m’est venu d’y transcrire des poèmes d’Emily Dickinson.
La plume de Dominique Fortier est sensible, musicale et imagée. Le livre nous donne à lire de belles phrases sur lesquelles on peut rêver. Un exemple parmi tant d’autres, au sujet d’Emily : « Depuis quelques jours, dès qu’elle pose la tête sur l’oreiller, elle entend des cloches. Après avoir passé sa vie à douter de Dieu, elle a une cathédrale dans la tête. »
Dans la chambre d’Emily, des livres et encore des livres, partout des manuscrits. Et comme le dit si joliment Dominique Fortier, page 44 : « Chaque livre en contient cent. Ce sont des portes qui s’ouvrent et ne se referment jamais. Emily vit au milieu de cent mille courants d’air. Toujours il lui faut une petite laine. » C’est la grâce que je nous souhaite : vivre au milieu de courants d’air. Ce livre est un poème en soi, cousu de fines dentelles.
Réservez ce titre dans le réseau des bibliothèques de Montréal :
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