Derrière le nez de Michel Désautels, les odeurs ont la mémoire longue. Pas besoin de photos ou d’objets d’époque pour se connecter aux évènements de son enfance. Il puise à même sa banque de souvenirs olfactifs qui lui ouvrent tout un cinéma d’évocations. « Plus on fouille, plus la boîte à souvenirs s’ouvre », nous a confié l’auteur que nous avons rencontré au restaurant Chez Lévêque avec son nouveau récit, Parfum de craquias.
Michel Désautels a été rencontré au restaurant Chez Lévêque sur l’avenue Laurier. PHOTO JOURNAL D’OUTREMONT Les craquias, vous connaissez? Ou, en langage d’enfant, les piquants ou les pic-pic dont les fleurs s’accrochent à tout, aux vêtements, aux cheveux? Le récit commence avec les craquias qui sont restés agrippés à la mémoire de l’auteur à l’odorat hypersensible. Il nous présente une trentaine de courtes histoires savoureuses, chacune tirée d’une odeur d’enfance qui génère une émotion sur mesure. « Des marqueurs de vie », dit-il.
Qu’ont en commun l’odeur du gypse et les premiers désirs d’un ado en friche, le parfum des fleurs funéraires et les caoutchoucs alias les « claques », le tape qui enrubanne les bâtons de hockey et l’odeur de cassonade? La série de tableaux se déroule dans le quartier Rosemont des années 1950 où « les rapports entre les gens étaient tissés serrés » dans une galerie de personnages comme les voisins Paduano, Ti-Guy Sauvé, les sœurs Robillard, Nina, le grand Mayer, monsieur Thibert, le gardien du parc Bélair. Sans oublier le plus coloré de tous, le père de l’écrivain, lutteur masqué, matamore de réputation, boucher et éleveur de pigeons voyageurs de compétition. Une vie de quartier qui pourrait se situer n’importe où avec ses odeurs universelles de laines mouillées après une tempête de neige, de cuir neuf d’un gant de baseball et de beignes sucrés de la boulangerie du coin.
Le récit nous tient captif dans un défilé pittoresque de détails savoureux sur le quotidien de l’époque, des clins d’œil aux habitudes alimentaires et sportives, dans des propos teintés d’humour, de nostalgie et d’affection. « Écrire, c’est un bonheur! », paroles de Michel Désautels. Et il y en a du bonheur là-dedans, qui s’accroche à nous comme des fleurs de craquias.




