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Je ne savais pas qu’au printemps 2003 ma vie allait basculer. Cette période représente ma descente aux enfers. Le 26 juillet 2003, la lumière s’est éteinte. Un tsunami venait de passer, balayant tout, détruisant tout, mes racines venaient d’être coupées à vif. Je n’avais plus de repères, je venais de perdre mon amoureux, mon mari, mon amant, mon confident, mon complice, mon ami, mon alter ego, ma moitié, ma sécurité, mes rêves, ma fusion. Je venais de perdre celui que j’aimais le plus au monde, celui avec qui j’avais évolué, celui qui me comprenait sans que j’aie besoin de prononcer un seul mot : il était mon âme sœur. J’étais à ce moment en survie.
PHOTO ARCHIVES LE JOURNAL D’OUTREMONT Diagnostic, cancer du cholédoque. Il l’a appris le 20 mai 2003 et il est décédé le 26 juillet de la même année. Les semaines, les mois, et les années ont passé. Le trou était toujours aussi grand, mon cœur était toujours aussi vide. Pourquoi ne suis-je pas morte ? Je ne le sais pas. Pourquoi ne suis-je pas tombée malade ? Je ne le sais pas. Des anges veillaient probablement sur moi. Je ne voyais pas le jour où je retrouverais la lumière et je n’y pensais même pas. J’ai alors fait le vide autour de moi. J’ai érigé des murs comme une forteresse pour contenir cette souffrance si grande et si intense. Mon corps tout entier était éteint. J’ai même pensé au suicide.
Puis, j’ai appris qu’il y avait un endroit spécialisé sur le deuil à Montréal et que je pourrais sûrement y recevoir de l’aide. J’ai décidé d’aller frapper à la porte de la Maison Monbourquette pour savoir ce qu’on pourrait faire pour m’aider. J’ai eu une rencontre avec Mme Sophie Chartrand, directrice de la Maison Monbourquette, et j’ai pu faire partie d’un groupe de soutien pendant plusieurs mois. À ce moment-là, j’ai rencontré dans le groupe des gens qui vivaient un deuil, tout comme moi. Je ne me suis plus sentie seule, j’ai écouté, partagé, pleuré, ri parfois avec eux. J’ai surtout compris l’importance de ne pas s’isoler comme je l’ai fait au début. J’ai reçu des gens de la Maison Monbourquette de la compassion, de l’amour, une connexion que tout être humain a besoin de recevoir quand on est dans le gouffre. Car à un moment donné, plus personne de ton entourage ne peut entendre ta souffrance. Mais les personnes qui oeuvrent au sein de la Maison Monbourquette ont toujours été là pour m’accueillir.
Maintenant, 15 ans plus tard, cette période fait partie de ma vie, mais aussi de mon passé. Cette étape est gravée à jamais. Je me dis, que mon mari n’est pas parti pour rien, il m’a « contaminée » positivement. Aujourd’hui, je sème des petits morceaux d’amour et je donne de mon temps à ceux et celles qui le veulent et qui en ont besoin. Je leur offre mon écoute, ma patience et mon amour. Par ailleurs, il y a 8 ans, j’ai décidé de devenir bénévole à la ligne d’écoute de la Maison Monbourquette et je suis certaine que cette expérience a fait de moi une meilleure personne. Je suis convaincue que j’ai apporté une aide inestimable à beaucoup de gens qui ont vécu le même drame que moi, soit celui de perdre un être cher. Car je comprends leur route de souffrance et ce qu’ils traversent. Je sais que je peux leur apporter l’écoute et le soutien dont ils ont besoin. C’est cela la Maison Monbourquette.
On ne confie pas ses états d’âme ouvertement, si on n’a pas un but précis. Aujourd’hui, je pose ce geste de vous raconter mon histoire pour vous informer du bien que m’ont procuré les services de la Maison Monbourquette et qui est gravé au plus profond de mon âme. Cette aide a contribué à rendre féconde cette traversée si douloureuse du deuil et elle m’a permis de m’en sortir.
Merci aux gens de la Maison Monbourquette, merci d’avoir existé. Je pleure aujourd’hui, pour tous les endeuillés, la fermeture de cet endroit de paix et de soutien.
Joëlle Décloitre
Bénéficiaire des services de la Maison Monbourquette, en 2009
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Commentaires
ce n'est pas la première fois que j'entends parler de votre Maison et à chaque fois je suis impressionné. Un ami proche me faisait son témoignage suite à l'aide qu'il vient de recevoir .
Longue vie et merci
J'étais à la ligne d'écoute comme bénévole et je comprends cette détresse et le long cheminement par lequel doivent passer les endeuillés.
Les services qu'offraient la Maison Monbourquette étaient inestimables pour ceux-ci.
Je souhaite que cette Maison puisse renaître car certains endeuillés sont souvent au bord du gouffre avant d'avoir recours à ce type de service qui, par surcroît était gratuit.