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Monsieur le maire,
Dans les arrondissements comme dans les villes, les élus ont pour tâche de veiller aux besoins locaux et de gérer efficacement le patrimoine et les ressources dont ils sont fiduciaires. Ils doivent n’émettre de directives que conformes aux exigences du bien commun et de la règle de droit, et veiller à leur exécution fidèle par les administrateurs nommés.
Le 1260 Bernard, angle Champagneur, dans son état actuel. PHOTO JOURNAL D’OUTREMONT Le 2 mars dernier, le Conseil que vous présidez autorisait des dépenses de 30 000 $ pour la mise sur pied d’une table de concertation, des études de diagnostic sur les lieux de culte et un inventaire de ces lieux. Si tant est que cette table existe, elle tarde à se manifester; si tant est que les études soient complètes, leurs résultats restent à dévoiler. Qu’en est-il de l’inventaire? Normalement, il aurait dû être facile à dresser, à moins que certains lieux n’occultent obstinément leurs activités.
Ce 8 juillet, le Conseil siégeait en pleine canicule et, pour certains, en période de vacances au cours desquelles ils purent se réfugier dans un climat plus clément. Lors de cette séance extraordinaire, le Conseil autorisa l’aménagement d’une nouvelle synagogue à l’angle des avenues Bernard et Champagneur sans les lumières de la table de concertation, sans l’éclairage des études de diagnostic et sans inventaire des lieux de culte. Exceptionnellement, il siégeait le matin et, au double prétexte du coronavirus et de l’exiguïté de la salle du Conseil, en téléconférence sans public bien qu’il eût pu se réunir le soir au CCI où des citoyens troublés par le projet auraient pu vous interroger et engager une discussion avec vous.
La synagogue pourra donc maintenant être aménagée en un endroit où sa présence est énergiquement contestée. Dans votre défense du projet modifié, et tout en sachant bien que l’opposition était d’une autre nature, vous avez fait valoir qu’il a été bonifié par l’ajout de trois commerces absents de la version initiale. Je me souviens pourtant que, naguère, dans la réalité il y en avait déjà trois!
Lors de la séance extraordinaire de ce 8 juillet, trois citoyens vous ont demandé par courriel de justifier votre démarche à l’encontre des résultats du référendum de novembre 2016. En mots différents, vos réponses furent que le projet de synagogue avait été approuvé, ou était « en cours d’approbation », par l’ancienne administration. « Ce projet-là était déjà approuvé aux yeux de [l’ancienne] administration »; « le référendum portait sur tous les nouveaux lieux de culte [et] il n’y a pas eu de nouveaux lieux de culte depuis », et, pour conclure, « Ce projet-là était en litige, litige que nous avons réglé ».
Le litige entre le promoteur et l’arrondissement fut, en effet, réglé « à l’amiable ». Il reste toutefois deux litiges portés devant les tribunaux par des citoyens qui contestent, à leurs frais, la légitimité du processus. Le mépris vous porterait-il à juger ces contestations sans importance? La témérité vous inciterait-elle à en estimer l’issue décidée d’avance? Cherchez-vous, quoi qu’il arrive, à mettre l’arrondissement devant un fait accompli? Avez-vous réfléchi aux conséquences pour nos comptes de taxes d’un jugement éventuel en faveur des contestataires et d’un recours subséquent par le promoteur contre l’arrondissement?
Le 8 juillet dernier, vous avez affirmé à répétition que l’aménagement de la synagogue avait été approuvé avant le référendum. Si votre affirmation est fondée, vous devez être en mesure de produire un document pour en attester. Le ferez-vous? Vous avez affirmé, toujours à répétition, que votre point de vue est aussi celui de l’ancienne administration, ajoutant que, selon celle-ci, ce projet n’était pas inclus dans le cadre du projet référendaire. Vous devez donc aussi être en mesure de le documenter. Le ferez-vous? J’ai consulté des conseillères en fonction à l’époque : comme moi, aucune ne partage votre avis.
Un rappel. Le 25 mai 2015, l’administration Cinq-Mars délivra au promoteur un permis pour l’aménagement d’un bain rituel et d’une salle polyvalente dans l’immeuble sur Bernard à l’angle de Champagneur : la légitimité de ce permis n’est pas contestée. Le 2 novembre 2015 fut déposé un avis de motion pour déclencher un processus de modification de zonage qui empêcherait l’implantation de nouveaux lieux de culte sur l’avenue Bernard, entre autres endroits. Le soir du 4 avril 2016, cet avis fut retiré et remplacé immédiatement par un nouvel avis aux fins identiques, certains détails ayant toutefois été corrigés pour des raisons d’ordre purement technique, mais sans modification de la disposition portant sur Bernard. Plus tôt dans la journée avait été déposée la demande de permis aujourd’hui en litige.
Ce 8 juillet, dans votre exposé en début de séance, vous annonciez l’assurance du promoteur qu’il n’y aurait pas de travaux sur la section piétonnisée de l’avenue Bernard pendant la belle saison. Mais ensuite? La présence d’équipements lourds nuirait-elle moins aux commerces à l’automne, l’hiver, etc.?
Dans un vidéoclip diffusé lors de votre campagne électorale pour la mairie, https://www.facebook.com/noussommesoutremont/videos/354075811698749/UzpfSTY2MDEwMDIzMjpWSzo3Mjc3NzY5OTgwMTU2NzM/, vous demandiez « Sommes-nous prêts à remettre les décisions sur d’Outremont entre les mains de la ville centre? ». Vous avez répondu : « Pas moi ». Pourtant, lors de la séance du 8 juillet, vous affirmiez : « Nous considérons – nous-mêmes, les services d’aménagement, le contentieux de la Ville de Montréal – […] que le référendum n’incluait pas ce projet-là ». Faites-vous désormais confiance à la ville centre pour conseiller Outremont et pour en défendre les intérêts? Comment justifiez-vous cette répudiation de votre engagement électoral catégorique?
Avant le 8 juillet, l’administration avait reconnu une erreur dans le processus d’adoption des mesures pour subvenir aux besoins d’organismes d’entraide. Le Conseiller Jean-Marc Corbeil a critiqué votre lenteur à réagir à une irrégularité signalée trois mois plus tôt. Vous lui avez répliqué : « Si c’est illégal d’aider des gens dans le besoin, je le ferais demain matin, sans problème ». Si vous sembliez insouciant de l’illégalité du processus, vous le sembliez tout autant de l’illégalité éventuelle de la nature de votre démarche.
Ainsi, selon votre jugement, si une initiative, illégale ou hors de votre champ de compétence, est louable, vous seriez justifié de la prendre. Vous serait-il arrivé d’aborder avec ce parti pris la demande de permis d’aménagement de synagogue? Conjuguée à l’écoute de vos propos dans le film documentaire d’Eric Scott, Outremont et les Hassidim (TOU.TV), la lecture du rapport, commandé par l’arrondissement au cabinet d’urbanistes Brodeur Frenette, Étude d’implantation d’usages institutionnels et communautaires sur le site de l’îlot Saint-Viateur, incite à conclure que, sous votre direction, l’administration ferait tout, et n’importe quoi, pour permettre l’établissement en plein cœur d’Outremont d’une synagogue pour la communauté hassidique. L’aliénation, évoquée dans ce rapport, d’une parcelle de notre territoire à une fin – synagogue – autre que publique ayant soulevé une vigoureuse levée de boucliers, il n’est pas invraisemblable que, en désespoir de cause, vous vous évertuiez maintenant à imposer une interprétation de la portée du référendum de 2016 sans rapport avec les faits.
Si, au dénouement de cette triste saga, vos ruses réussissaient à favoriser des intérêts particuliers au détriment du bien commun, vous pourriez en regretter l’impact néfaste. À Outremont le patrimoine bâti, l’héritage culturel, la qualité de vie et surtout la concorde, que pourtant vous avez ardemment affirmé vouloir promouvoir, en souffriront. Y avez-vous sérieusement réfléchi? Y avez-vous même songé?
Respectueusement,
Pierre Joncas
Auteur des Accommodements raisonnables entre Hérouxville et Outremont, Les PUL (Presses de l’Université Laval), Québec, 2009
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Commentaires
Nous attendons toujours à savoir ce qu’il advient du rapport pour le stationnement.
Les rues et parcs sont dans un état lamentable.
Malheureusement , depuis la fusion avec la grande Ville de Montréal, Outremont ne fait que s’appauvrir au bénéfice de Montréal.
Cette histoire de synagogue démontre encore une fois la très grande écoute de ses citoyens.
Il en prend bonne note!!!
Merci Monsieur Joncas